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14/08/2012

Violence

 

violence,média

 

Je suis tombé (par inadvertance?) sur une vidéo terrifiante sur youtube, à savoir l'égorgement puis la décapitation d'un homme à la solde du régime syrien d'El Assad. Cela m'a traumatisé. Ce n'est pas la première vidéo atroce que je vois, j'avais déjà été auparavant terrorisé par la maltraitance du tyran lybien Khadafi, livré à la vindicte populaire; encore auparavant j'assistais, tétanisé d'horreur, à la mise à mort d'individus africains, brûlés vifs par leurs congénères, pour avoir pratiquer la sorcellerie. Tout cela se passe sur le continent africain, au Moyen-Orient, en Chine, un peu partout en fait, de temps à autre en France, nous pouvons en avoir une représentation médiéé, par le web, libéré des frontières nationales, idéologiques et culturelles.

Cette possibilité d'assister à la monstruosité du monde et de ses habitants est tout à fait récente. Auparavant, tout cela était filtré par le journalisme de masse, qui ménageait nos sensibilités délicates. Je ne pense pas vivre dans un monde plus monstrueux, plutôt l'inverse en fait; simplement ces aperçus flippants de brutalité donnent la mesure du degré de violence physique qui existe toujours dans le monde, loin de nos rivages civilisés. Cette réalité, expurgée de ses images les plus atroces par les média de masses, par souci de ménagement de leur public, a peut-être contribué à déréaliser cette violence.

Pourtant cette violence se retrouve également chez nous, dans les shooting games des ados, dans les carnages que perpétuent certains psychopathes meurtriers, dans les arts, beaucoup dans les arts: je pense aux actionnistes viennois, je pense aux romans de Bret Easton Ellis, qui établissent un lien de causalité troublant entre la cruauté et l'ultra-libéralisme. Je pense à cette contre-culture qui vomit le monde contemporain et sa stupidité, sa forfanterie ou sa perversité, dans des oeuvres où la dégueulasserie en remontre à la monstruosité.

Ce mélange de mièvrerie et de brutalité virtuelle, qui semble être l'apanage des pays démocratiques (et notamment celui de la France, le pays "normal" des gens "normaux") est soumis à rude épreuve avec ces décharges de violence réelle transportées par le web. Ceci pendant qu'on continue à étendre le domaine de la non-violence physique notamment avec la lutte contre les violences faites aux femmes, aux enfants, aux personnes agées, aux animaux, aux minorités de toutes sortes, aux gens qui affichent leur différence. J'ai l'impression diffuse que cette croisade contre la violence physique provoque quasi-mécaniquement sa recrudescence dans le registre psychologique, dans un principe de vases communicants. Et qu'en est-il de l'indifférence, avons-nous là affaire à la forme la plus raffinée de la violence ?

Tout ceci m'amène à me demander s'il est sensé de concevoir un monde dépourvu de violence. La violence n'est-elle pas irrémédiablement et viscérablement consubstantielle à l'être humain? Et dans ce cas, peut-on envisager d'apprivoiser cette violence, réapprendre à vivre avec, plutôt que fantasmer son éradication ? C'est peut-être ce que nous faisons de fait.

23:00 Publié dans blogging | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violence, média