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18/08/2014

la chambre bleue

Un bien beau film de Mathieu Amalric, adapté du roman éponyme de Simenon, cet écrivain balzacien des petites histoires, des petites gens, au style très épuré, d'une redoutable efficacité. Et le film parvient magistralement à reproduire cette économie stylistique. Le roman date de 1964, le film est contemporain mais évacue assez parfaitement tout ce qui ressort de la modernité: pas de portable, pas d'internet, une temporalité complètement inactuelle avec des objets néanmoins contemporains; ce mélange forge une sorte d'enclave étrange, un temps suspendu. Dans ce film, nul cinglé psychopathe, pas de fou de dieu, ni d'übermensch auquel vous pourriez vous identifier; juste une passion amoureuse qui, certes, dérape. Et puis vous avez un vrai couple mis en scène, Mathieu Amalric et Stéphanie Cléau et ça donne évidemment une qualité de jeu très subtile, un jeu à peine joué. Et comme ils sont beaux ! C'est aussi un film très reposant, loin de ces films qui vous prennent par le colbaque et vous assènent des messages dans le cortex à grands coups de clichés, slogans et autres raccourcis simplificateurs, comme si vous étiez une sorte de demeuré, incapable de vous faire votre propre idée sur ce qu'on vous présente. Même le format 4/3 du film est anti-spectaculaire. Vraiment on respire dans ce film, il y a une belle place pour le spectateur, on peut y trainer, on peut même penser à autre chose. D'ailleurs les acteurs du film eux-même semblent souvent penser à autre chose, ils jouent évasivement, comme si c'était pas si important dans le fond, juste une convention à respecter. Vous êtes par conséquent devant un film, pensant à autre chose, face à des acteurs qui, eux-aussi, pensent à autre chose, et c'est très rassurant parce qu'il y a quand même une histoire, il y a un drame si vous n'avez rien à penser, il y a tout ça, ils ont tout prévu, c'est génial ! Et devant ce genre de film, qui requiert une sorte d'attention flottante, on devient soudain plus attentif à cette qualité, pour ainsi dire suspendue, de jeu, et à cette narration évaporée, et on s'attache aux plis des draps, à ce mouvement inattendu du bras, aux motifs étranges de la tapisserie et ensuite on retourne à ses pensées et on y mélange le film. Tout ça est possible parce qu'il y a cette place particulière allouée au spectateur, et quand on sort du film on peut difficilement le résumer en deux phrases, c'est un climat, une atmosphère avec des gueules d'atmosphère, et tout cela traîne paresseusement dans l'esprit, et on rentre chez soi et on écrit un article et on ne sait pas comment finir l'article, mais on le finit quand même, parce qu'on a pas que ça à faire.