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07/12/2011

Donoma - état des lieux

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Ah il a choppé quelque chose de rare et subtil ce Djinn Carrénard dans son Donoma. Il a attrapé ce truc qui fait que tous les autres films ont soudain l'air d'être des objets parfaitement spécieux et scandaleusement coûteux. Ce film révèle ce que tous les autres ont de compassé et de finalement juste très chiant. Pas de chichiteries, pas d'histoire à dormir debout, pas de déploiement de pognon ni de strass, exit les poses affectées cinélogiques, mais de l'intelligence, de la poésie, de la nécessité et de la grâce. C'est tout le charme de ces productions désargentées, qui carburent à l'énergie et à la foi, et qui ne doivent leur succès qu'à la pertinence de leur propos.

"Un film autour de l'amour" qu'il dit le Carrénard. "Je m'intéresse aux deux moments clés de l'histoire d'un couple: sa naissance et sa fin". "Entre les deux, ce n'est la plupart du temps qu'un malentendu" qu'il dit encore le Djinn (il ne le dit pas comme ça, mais l'esprit y est). Et effectivement on voit toutes sortes d'individualités, toutes sortes d'histoires, essayer de se sublimer à travers l'amour. On voit comment l'amour se prend des retours de réel dans la gueule et tente sa chance ailleurs et autrement. Il y a cette histoire scabreuse entre une prof d'espagnol délurée et son élève récalcitrant, d'origine espagnol lui aussi, qui vont se rentrer dans le lard à travers cette langue, chargée pour chacun d'eux, d'une valeur affective diamétralement opposée. Il y a cette "sainte" qui s'occupe de sa sœur leucémique qui entrave son individualité, cette "sainte" qui voit surgir des stigmates christiques sur son corps lorsqu'elle s'intéresse à un skinhead repenti cherchant Dieu, cette "sainte" qui explique à sa psy qu'elle lévite, et que cette dernière tentera de faire interner. Il y a cette surprenante et magnifique histoire d'amour silencieuse entre cette fille qui tente d'échapper à un pseudo-déterminisme qui voudrait qu'"on s'associe toujours amoureusement à des gens qui nous feront du mal" et qui choisi donc son amoureux au hasard et impose une loi du silence à leur relation, jusqu'à ce que la situation devienne ingérable.

Qui sont et d'où viennent ces personnages ? Ils sont très différents les uns des autres, différents dans leur couleur de peau, dans leurs origines, dans leur classe sociale, dans leurs motivations, mais tous ont des individualités très fortes, excepté peut-être le personnage que joue l'auteur lui-même, et qui semble faire fonction de contrepoint. Ces personnages apparaissent comme des individus émergents d'un collapse idéologique où se retrouvent les problématiques du racisme, de la lutte des classes, de la signification du mot dieu. Mais tout ça c'est du blabla, c'est de la cosmétique, en réalité ils doivent juste se débrouiller dans un environnement instable et incertain. Le rapport à l'amour est particulièrement intéressant dans ce film, pas de sublime adéquation entre deux êtres, mais une perpétuelle négociation du geste amoureux. Une sorte de gestion économique de l'amour.

Les personnages passent d'un récit à un autre, les récits se mélangent, la chronologie s'inverse. Les espaces sont atomisés et les personnages sont la plupart du temps enfermés dans des plans serrés; on ne trouve quasiment jamais de plan d'ensemble permettant de situer les personnages et les choses les unes par rapport aux autres. Pas de plan d'ensemble donc, mais une caméra qui colle aux personnages et les suit dans leurs errements, une caméra portée avec une courte profondeur de champs, mouvements fébriles, incessantes mises au point. Une musique aux allures new-âge et aux vertus relaxantes (j'ai pas dit laxatives), vient régulièrement détendre le propos, sans lui conférer cependant de couleur particulière.

Il y a quelque chose de Cassevetes dans ce film, peut-être avec plus de douceur, alors même que Djinn Carrénard n'y fait guère référence. Mais il y a cette même volonté de sortir des mécaniques de fonctionnement artificiel, de tomber les masques, d'exposer l'humanité dans sa crudité, dans sa fragilité, dans son évanescence.

Donoma, c'est un film qui, lorsqu'on le regardera dans 50 ou même 100 ans, nous renseignera sur la fébrilité de la jeunesse française, dans les années 2010-2011.




25/09/2008

Entre les murs

Un bien beau film, un rien chiant, donc pas si mal en fait. En France il semble y avoir un véritable engouement pour les films autour de l'école, l'épicentre de la crise sociétale, à laquelle nous ne comprenons plus grand chose.

Il s'agit donc d'un film politique, cependant réalisé par un cinéaste non engagé. Situé entre le réel et la fiction, avec des acteurs et des non-acteurs, disons des actants pour utiliser un mot qui en jette un peu, le film expose les difficultés d'un enseignant (idéaliste?) à faire son travail dans le contexte tendu d'une sorte de classe de ZEP. En l'occurence, cette approche mixte fiction/documentaire est importante, parce que ce mélange des genres crée une ambiance, une qualité très particulière, sorte de néo-réalisme à la française. Le film a été tourné en vidéo numérique avec 3 caméras tournant en continu, dans la longueur, et ceci pour pouvoir capturer des instants très fugaces, et laisser "le réalisme" imprimer sa marque dans le film.

Et donc nous suivons le protagoniste, jeune professeur principal de français, profil de gauche, sentimental, aux prises avec une classe d'élèves d'origines diverses: afrique, asie, maghreb, europe - à l'image du XXe arrondissement de Paris. Ce professeur se trouve également être l'auteur du livre éponyme, ainsi que le coscénariste du film, ajoutant davantage de confusion entre le réel et la mise en scène. Cela se passe dans un collège du XXe arrondissement de Paris, où ce professeur s'évertue à instaurer un climat sympa, open mais pas trop, avec ces élèves de 4e qui en profitent un peu mais pas trop. Et là nous avons Souleymane, un élève d'origine malienne, que ce professeur arrivera, à contrario, à faire exclure du collège, avec la perspective d'un retour forcé au Mali (spécial dédicace à Sarko).

Le scénario est bien échafaudé, les personnages sont attachants, mais le propos reste assez caricatural, voire simpliste. Le film se demande (et nous demande) si l'école - que l'on désigne idéalement comme le lieu de "la chance pour tous" -, est dans son rôle lorsqu'elle est à l'origine du renvoi d'un élève, apparement mal adapté.

Malgré son inadaptation, Souleymane est un individu intéressant, selon la grille d'appréciation du jeune professeur, et de la mienne aussi. C'est lui qui, à l'occasion d'un exercice d'autoportrait, en arrivera à dire au professeur, qu'il n'a pas l'habitude de se dévoiler en public, ce qui paraît parfaitement légitime et remet en question l'exercice. La transparence n'est-t-elle pas liberticide ? De plus, il a un magnifique tatouage sur l'épaule, inspiré du Coran, et qui dit en substance: "si tu n'as rien de plus intéressant à ajouter au silence, autant fermer ta gueule", une formule péremptoire qui renvoie le verbiage du cours dans une sorte de néant philosophique des plus intéressants.

Le film s'adresse aux professeurs, à travers cette histoire particulière de prof qui "travaille à la paix sociale", en plus ou au delà de ses attributions d'enseignant, et qui, semble-t-il, se retrouve piégé dans l'engrenage fallacieux de l'exclusion d'un élève, alors qu'il favorise dans sa façon de faire, une ouverture et une souplesse entre la position de l'enseignant et la position de l'élève.

Pour conclure, je dirais qu'il s'agit d'un bon film, qui pose des questions, et se garde bien entendu d'apporter la moindre réponse. Si tu n'as rien de plus intéressant à ajouter au silence, autant fermer ta gueule.

14/04/2008

Plateforme, une lecture - dernière partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

13/04/2008

Plateforme, une lecture - 8ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

11/04/2008

Plateforme, une lecture - 7ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 


 

09/04/2008

Plateforme, une lecture - 6ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

07/04/2008

Plateforme, une lecture - 5ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

04/04/2008

Plateforme, une lecture - 4ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

03/04/2008

Plateforme, une lecture - 3ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.



 

 

 

02/04/2008

Plateforme, une lecture - 2ième partie

André Dugenou, reporter subjectif, se rend au ZKM, à Karlsruhe, en Allemagne, pour assister à une lecture de Plateforme, par Michel Houellebecq.