20.03.2008
Ma revanche sera terrible ou le revers de la pensée nietzschéenne
Je me souviens lorsque les journées étaient trop longues, et que je dormais environ vingt heures par jour. Le temps était épais, âpre et poussiéreux; le réel était noyé dans une gangue de gélatine incolore et indolore. Pendant ma courte veille, je tentais de ranimer mon encéphalogramme, j'essayais de m'exalter pour la vie. Jamais je ne me suis imaginé mourir, cela est réservé aux gens qui vivent. À cette époque, je me contentais de fonctionner, c'est très différent, c'est en-deçà de la vie, c'est juste l'état par lequel nous subsistons. Il n'y a plus aucune saveur dans cet état, il n'y a plus de différence, tout est inclu dans le néant étendu de l'existence. Les mots eux-mêmes ne sont plus délimités; ils se rejoignent, se superposent, se confondent dans une sorte de monstrueuse indifférenciation. Tout est pareil et égal à zéro.
Si je m'en souviens aujourd'hui, c'est parce que j'y suis à nouveau empêtré. J'y suis d'ailleurs presque constamment empêtré, c'est comme une toile de fond dans mon existence. Vous allez rire mais je crois que ça me rassure.
Ça ne devrait pas durer, je pense. Avec le temps, j'ai appris à déjouer la logique de cette saloperie. Je ne me débats plus, je ne crie pas. Non, je reste stoïque et j'oppose à ce lent effondrement, une foi irrépressible, aveugle et stupide, une foi qui m'est consubstantielle, au même titre que l'entropie est universelle.
Du haut de mon humanité, je défie toutes les lois de la physique. Je sais que tôt ou tard, je prendrai ma revanche.
18:39 Publié dans la dépression c'est pas drôle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note