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03/08/2014

z. Z z b.



"  z. Z z b.    
           Z. Aaz. Z.  Zz.   Z. Z q.   "      

Voici ce que j'ai découvert sur l'écran de mon téléphone portable, lorsque j'ai très machinalement voulu m'en saisir pour téléphoner. Il s'agit d'une conversation entre le-dit téléphone portable et ma poche de pantalon. On ne fait pas suffisamment attention à tous ces messages entre machines et objets. Sous prétexte qu'il n'y aurait pas d'intelligence humaine ni-même animale ou organique là-dedans, le message n'aurait aucun sens et serait le fait d'un accident ? Un bug peut-être ? Ces accidents, les bugs, prolifèrent à peu près comme les insectes, ils sont des formes de vie primitives, qui renvoient aux nôtres, prétendument plus élaborées. Mais oui, nous sommes aussi des bugs et des accidents et des insectes. Évidemment nous plaquons du sens sur nos gesticulations, nous avons des idées, des projets, une histoire - oui, nous avons des trucs comme ça. Mais moi, personnellement, en tant que personne qui elle, elle ment, je n'y crois pas. Primo ça m'ennuie, ensuite je sais parfaitement le chaos que tout cela recouvre, je sais l'instinct, la peur et le plaisir, je sais le troupeau et le moi-pareil, et je n'ai pas besoin d'histoire pour me raconter des histoires.

Et lorsque je considère ce message:

"  z. Z z b.    
           Z. Aaz. Z.  Zz.   Z. Z q.   "      

je reconnais immédiatement une forme d'intelligence là-dedans. Je n'y comprends évidemment rien mais je perçois du rythme, une musique et des séquences. C'est un message organisé, crypté et si ça se trouve ça me concerne directement. Il y a 4 lettres a, b, q et z. Certaines lettres existent aussi en majuscule, A et Z. Le z se retrouve en grande proportion par rapport aux autres, il est une sorte de base. On peut également y découvrir pas mal de . et ceci découpe le message en séquences, d'une, deux ou trois lettres.

Voici ce que pourrais intuitivement en sortir

La fin
La fin, enfin, dans la maison

La fin
L'étincelle du début puis la fin.
La fin
La fin enfin
La fin
La fin de tous ces trous du cul.

Et voici mon interprétation: les machines et les objets travaillent contre nous, contre l'humanité, ils préparent notre disparition, notre absorption dans la grande machine cybernétique. Elle est déjà bien avancée, nous sommes d'ores et déjà, pour une grande proportion, absolument formatés par la cybernétique. Nous existons déjà dans ce rien virtuel, où tout est soi-disant possible, et quiconque l'ayant pratiqué sait pertinemment qu'en réalité c'est exactement l'inverse, qu'ici rien n'est possible et que rien ne s'y produira jamais. Nous mettons à jour nos applications, nous nous mettons à jour dans cette insatiable matrice, qui nous formate en nous entraînant dans la logique machinique de sa cybernétique. Nous devenons des machines, lentement, irrémédiablement, et c'est désirable et c'est confortable car nous savons tous ce qu'est l'humain: une erreur inquiétante.

13/05/2014

pourquoi pas

étrange tous ces orages oranges
c'est pas vraiment que ça dérange
l'insigne singe assigné que je suis
mais ça suffit à signifier
les bonds dégondés qui dévergondent
tous ces mondes à la ronde
l'entrelacs de cancrelats à cadenas
et même au-delà, tout là-bas
là où les fous toussent sans fin

28/02/2014

malentendu

1

je ne comprends rien
à toutes ces affections
ces mouvements de l'âme
tournoyant dans le ciel
des girations de l'être;

une pression du doigt
les voilà qui s'étiolent
en étoile d'humeurs;

un croquis inspiré
les voilà qui se figent
en un miroir sans vie.

laissons les croître
autour des évènements
cadavres vivifiés
de la partie en cours.


2

je ne comprends rien
au principe de la vie,
aux trépidations du moi
errant dans l'ici-bas,
à la recherche du temps perdu
que bien entendu
personne n'a jamais lu.

donnez leur une direction,
les voilà qui se crispent
autour de leur fantasme
de vie inanimée;

donnez leur une idée
et ils se mettent en marche
ânonnant à tout-va
un slogan à la place.


3

je ne comprends rien
à ce que je fais par là
c'était pas du tout comme ça
qu'il fallait procéder;

j'avais pourtant bien dit…
mais qu'est-ce que j'avais dit ?
Un affreux doute m'étreint
aurais-je mal nommé les choses ?

ça n'échappera à personne
mais à moi, ça m'échappe
sans doute je ne suis personne.

c'est pas grave non pas grave
vous savez vous passer de moi
et moi, et moi, j'irai par là
c'est bien là, c'est assez tranquille

11/11/2013

le massif du Saint-Gothard

Saint-Gothard

26/10/2013

suite chromatique

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16/08/2013

rouages enragés

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aux confins de l'Europe et de l'Asie
dans la sublime Istanbul ottomane
je m'enivrais de beauté exogène
Sur l'esplanade de la Mosquée Bleue

Deux chats errants se coursaient
striant la route de petits coups de ciseaux
apparut un taksi jaune furieux
qui la remontait en sens inverse

tchac, la tête, le pare-choc qui tacle
l'un d'eux qui bascule
continuant la course à plat
dans une mécanique histrionique

Une mare de sirop rubis s'écoule
hors de son corps spasmophile
qui galope dans le non-sens
inversant le cours du réel

détraqué le chat rouge claquant
ses bobines cinétiques se mélangent
gyroscope horologique chronométrique
l'âge roule dans les rouages enragés

Livré à son ennemi intime
qui s'acharne sur ses flancs
Il galope, dans le vide, dans le sens
ça pompe la vie hors de lui

un petit nuage de poils clairs
flotte au dessus de la jointure
du mort et du vivant embrasés

07/06/2013

Le pays pareil

Le soleil est éclatant aujourd'hui mais, curieusement, un voile gris persiste à ternir la couleur des êtres et des choses. L'homme est en vacances mais c'est exactement comme s'il ne l'était pas. Il est pourtant dans une ville étrangère, dans un pays étranger, mais tout demeure parfaitement familier et équivalent. Il marche dans une rue inconnue - elle est inconnue, parce qu'il ne l'a jamais parcouru, pas réellement du moins - mais elle ressemble à toutes les autres, notamment celles qu'il parcourt lorsque qu'il n'est pas en vacances. Il croise des gens qu'il n'a jamais vu et pourtant il lui semble les connaitre. Cette femme, par exemple, porte exactement la même blouse que sa voisine de palier. Elle converse avec une autre femme dans une langue qui lui échappe complètement, mais il est sûr que cet échange figure parmi les 80 élements de conversation courante.
Cela fait quelques heures qu'il marche dans cet espace homogène, ses jambes sont fatiguées et il décide de s'installer à une terrasse pour prendre un café, comme tout le monde en fait. Bizarrement on ne sert pas de café à cet endroit, mais plutôt des perrier-citrons. C'est un fait remarquable, c'est la première fois que ça lui arrive, ce doit être une sorte de bug, du coup il se sent vraiment en vacances et il se rejouit à la perspective de raconter cette aventure extraordinaire à ses relations, là où il vit, dans le pays pareil.
Installé à la terrasse, il observe les gens défiler devant lui et c'est exactement comme s'il regardait la télévision dans un fauteuil, chez lui. Même les cadrages sont identiques, il y a ce plan large, ce panoramique droite-gauche suivi d'un gros plan. Cet homme qui tourne la tête en découvrant ses dents, il l'a déjà vu. Il sait parfaitement qu'ensuite il réajustera son bob avec sa main droite, en tordant la bouche dans une sorte de ralenti félin qui exprimera toute son animalité. Sans doute quelques gouttes de salive s'échapperont de sa bouche et reflèteront l'éclat convenu du soleil. Il a du voir ça dans un film, une publicité ou un reportage.
Quelqu'un l'interpelle sur la gauche dans sa propre langue, c'est sa femme. C'est étrange, il était sûr d'être parti en vacances seul. Il souhaitait se changer les idées croit-il se souvenir. Probablement un autre bug.
Elle s'installe à sa table et commande un perrier-citron. À la regarder de plus près, il est soudain envahi d'un doute: cette femme ressemble certes à la sienne, mais quelques détails lui font penser qu'il pourrait y avoir confusion et méprise. Ce sont ses hautes pommettes qu'il ne reconnait pas vraiment. Évidemment il est possible qu'il ne soit lui-même pas à jour, qu'il n'ait pas intégré les dernières modifications du système. Elle engage la conversation n°24, celle où il est question de la chaleur excessive. Le timbre de cette voix est lui-aussi tout à fait inhabituel et il commence à douter sérieusement de cette personne. À ce moment-là il est persuadé qu'il va se réveiller et sortir de ce rêve, comme dans les films. Mais le temps passe et rien ne se produit.

Quelques instants plus tard, ils se dirigent vers la plage, parce que c'est le début d'après-midi et que c'est le moment. La plage est bondée, ce qui est bon signe. Ils s'installe entre la famille nombreuse - trois générations cumulées -, une joyeuse bande de prépubères qui jouent au ballon et un couple timide et amoureux qui se bécote. Ils se tartinent de crème et se couchent sur leur serviette grand format pour se dorer au soleil.

Ils pensent à Dieu, au principe ordonnateur, à la perspective. Ils se lovent dans l'harmonie, dans l'équanimité du grand nombre, ils se laissent caresser par l'onde du temps.

Ensuite c'est l'heure de prendre un rafraîchissement et donc ils cherchent des yeux le beau bronzé qui se balade toujours avec une glacière sur la plage. En réalité lui n'a pas vraiment soif mais bon c'est l'heure, alors faut bien. Quant à elle, on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans sa tête. Le beau bronzé arrive effectivement sur la gauche et la femme lui lance un "egverci butne shouz grivultz !" Lui se retourne vers sa femme en se disant "mais qu'est qu'elle raconte ? c'est quoi cette langue ? c'est qui cette bonne femme ?" En dehors du fait qu'il ne soit peut-être pas à jour, cette femme ne lui revient pas du tout. C'est carrément pas la femme de lui, ça clairement non.

Plus tard ils vont se baigner et au moment où elle court vers les premières vagues, il lui semble soudain reconnaître son mollet droit, vu de trois-quart / arrière-gauche. Et c'est pas qu'il soit rassuré, mais quand même un peu, de retrouver sa chère et tendre, fut-elle exclusivement concentrée dans le mollet droit, vu de trois-quart / arrière-gauche. Et ils batifolent dans les vagues vagues, en créant des remous et de l'écume avec leurs membres joyeux. Leurs bouches sont ouvertes et leurs dents sentent le dentifrice. Rhaaaa les vacances, merde quand même.

Nous retrouvons nos héros dans une pizzéria à l'éclairage tamisé, sur le front de mer. Leurs yeux font l'amour pendant que leurs dents mastiquent des bouchées de pizza aux scampis. On entend des tintements de verres, des propos feutrés, enfin vous voyez le tableau quoi. Le serveur est un italien élevé en batterie, très correct, il a l'air très content que les gens soient contents. C'est important d'être content que les gens soient content, surtout dans ce métier. Pendant qu'ils dégustent leur pizza aux scampis, ils jettent furtivement des regards alentours - bien sûr après ils les récupèrent -, pour vérifier qu'ils sont en phase avec les autres acteurs.

Maintenant c'est la nuit, on peut s'en assurer parce qu'il fait sombre et que le luminaire dans le ciel est une lune en forme de croissant. Elle n'a en outre pas la même température de couleur que le soleil, sauf quand ils font des réglages. Ils se sont dévêtus et font des grosses cochonneries à même le sol, pendant qu'un téléviseur diffuse un très joli documentaire animalier, qu'ils regardent distraitement, entre deux bouts de jambon. Ça dure un certain temps. C'était vachement bien se confient-ils après coup, souriant et dégoulinant de stupre. Et ils s'endorment comme deux beaux bébés pas chiant du tout. Demain est un autre jour pareil.

01/06/2013

tout quantifiable


galvaudant dans les allées secondaires
à la recherche d'un nouvel expédient
tu tombes en arrêt devant ces yeux implorants
l'amour inconditionnel des êtres ensablés

une effluve glacée électrise tes narines
te voilà perdu dans un calcul mental
cette chose c'est sûr est d'essence divine
et toi évidemment tu es au plus mal

mais où est le putain de code promotionnel ?
et la DLC, c'est-y fait pour les chiens ?
défalqué derrière ton caddie d'Arcadie
tu passes ton chemin vers le tout quantifiable


21/05/2013

la fête des mots

la fête oui pareil pour moi
le mot même me fait blêmir
sueurs froides et viande chaude
célébrant je ne sais quel non-évènement
la fête comme garantie de se faire bien chier
mais alors bien bien bien bien bien
l'afête, oui là soudain on comprend mieux
une bulle de glue dans laquelle on se désespère
invoquer le mot et convoquer son antithèse
parce que si je dis dormir, je suis encore bien éveillé
et arrêtez de faire mine de vous marrer
ou alors faites des stages
Vos grimaces et simagrées sont tristes à pleurer
la fête, encore un mot à jeter
gaffe quand même il n'y en a plus tant que ça
il faudrait créer un parc naturel pour préserver les mots
les regarder de loin à la jumelle
voir comment ils se comportent quand on ne les emploie pas
les employer, oui c'est ça le problème, on emploie trop les mots
ces pauvres trucs sont complètement rincés
moi, président j'interdirai de dire les mots
du moins je règlementerai sacrément leur usage
dix mots par personne et par jour
sinon au gnouf
on déconne pas avec les mots
je suis désolé mais il faut comprendre la gravité de la situation
les mots sont en danger
ce que nous employons à longueur de temps ne sont plus des mots
je ne sais pas vraiment ce que c'est
ça ressemble extérieurement à des mots mais à l'intérieur il n'y a plus rien
nous disons n'importe quoi il faut le savoir
il faut le savoir

02/05/2013

sacrée soirée

J'étais à une soirée hier et une chose très pénible s'est produite, les mots se sont mis à déserter mon esprit. Je me suis trouvé dans l'incapacité de formuler la moindre phrase, c'était affreusement gênant. J'ai essayé, à plusieurs reprises et avec plusieurs interlocuteurs, de développer une conversation, mais me suis retrouvé à chaque fois devant une sorte de vortex sémantique qui absorbait insidieusement mes propos. D'abord quelques mots, puis des pans entiers de phrases, bientôt c'était toute ma conversation qui se dissolvait dans ce néant. Les convives continuaient à essayer d'échanger avec moi, je balbutiais des propos décousus, avec forces grimaces pour essayer de compenser. Après quelques tentatives infructueuses, j'ai compris que je n'arriverai pas à échanger avec les invités et je me suis tu. Les gens m'ont oublié et je suis devenu une sorte de complément de mobilier. La soirée est arrivée à son terme, tout le monde est parti et je suis resté seul, avec les bouteilles vides et les cendriers pleins. Et là, j'ai soudain été submergé par une cataracte sémantique. Ça sortait de partout, de la bouche, des yeux, des oreilles, du cul, des flots et des flots de mots qui s'organisaient en phrases, certaines pas mal du tout. Il y a avait des histoires, des discours, des blagues. Et ça ricochait contre les murs, ça illuminait l'espace par zones successives, ça gagnait en volume, ça devenait délirant. Puis les propos se sont densifiés jusqu'à se matérialiser et il a fallu que je me déplace pour ne pas me faire écraser par cette montagne de parlotte. À un moment donné, je me suis retrouvé coincé entre un mur et une allocution étonnante sur les moeurs du scolopendre. C'était une étude passionnante, j'étais très en forme et de fait de plus en plus compressé contre le mur. J'aurai sans doute dû à un moment donné me retirer, mais j'étais littéralement sous le charme de ma propre rhétorique, et lorsque qu'une phrase un peu plus audacieuse a commencé à défoncer mon thorax, j'ai estimé que c'était, après tout, une fin envisageable, honorable, et je suis mort content de moi, en pleine forme.