11.08.2007
Extra-terrestre
J'ai encore surpris des extra-terrestres, hier soir, sur le boulevard. Ils faisaient un raffut de tous les diables, je me demande bien ce qu'ils fabriquaient. Et je ne suis pas le seul, c'est tout le voisinage qui leur gueulait dessus.
- Ého, c'est pas bientôt fini ce merdier ?!
- Y'a des gens qui se lèvent tôt demain !
- Vous allez la mettre en veilleuse, oui !
Enfin c'est ce genre de propos. Pas ce qu'il y a de plus raffiné, c'est sûr. Mais moi aussi je me demande c'qu'ils foutaient. Je ne suis pas du genre à vouloir régenter la planète (si seulement j'arrivais déjà à me régenter moi-même), mais ces extra-terrestres, c'est quand-même des gros fouteurs de zone. Putain merde, mais y'a quand même deux ou trois principes pour vivre en société, on déménage pas la baraque à 4 du mat, bordel !
J'suis sûr qu'ils ont encore embarqué quelqu'un. La dernière fois, c'était un clodo. Disparu, plus jamais vu. Evidemment on a aucune preuve, mais je suis sûr que c'est eux. Ils doivent faire des expériences, étudier la complexion humaine, des trucs comme ça. Quand ils vont découvrir qu'on est juste des paquets de merde en sursis, ils vont peut-être nous lâcher la grappe. Ou alors peut-être bien qu'ils vont découvrir des choses fabuleuses. Des choses qu'on soupçonne pas nous même. Ils nous révèleront à nous-même, genre Dieu ou son cousin. On deviendra des êtres clarifiés, apaisés; et l'humanité avancera d'un pas historique vers le bonheur.
Peut-être bien ouais. C'est ça l'inconnu, on sait pas c'qu'il nous réserve. Il nous fascine et il nous angoisse en même temps. Mouaaiiis, faut voir ... y'a p'tet des ouvertures.
21:20 Publié dans recyclage | Lien permanent | Envoyer cette note
08.08.2007
Bonheur
Bien sûr que le couple chosifie
Je ne sais déjà plus qui je suis
Je ploie, je romps, je me casse
Et me retrouve à la ramasse
Vais-je réussir à me maintenir deux ?
Est-ce que ça rend plus heureux ?
Mes enfants seront-ils malheureux ?
La séparation plane réelle dans les cieux
Oui, la vie est une entreprise risquée
C'est pas fait pour les bébés
Faut pas croire, faut pas imaginer
Le bonheur est un mythe éculé
18:35 Publié dans sentences morales et phrases définitives | Lien permanent | Envoyer cette note
07.08.2007
Bonjour, je suis Dominique Lepage

La boîte qui louait nos services – Téléperformance -, était classée numéro 1 dans la téléaction, et pourtant les employés de la filiale avaient des allures d'acteurs un peu ringards. Ils nous avaient réunis dans une petite salle de conférence. Nous étions une quarantaine d'intérimaires de différentes boites, assis en face d'un tableau velleda blanc. Une majorité de femmes, enfin surtout des jeunes filles.
Une petite femme replette, avec des cheveux courts et des lunettes s'est postée face à nous. On la sentait potentiellement capable de faire à peu près n'importe quoi.
- Bonjour, je suis Farida, chef de centre à Téléperformance. Vous avez été sélectionnés pour une opération de sondage téléphonique, afin de fiabiliser la clientèle de la firme TPP. Nous allons vous expliquer ce que nous attendons de vous.
Elle a actionné un Power Point sur un PC portable vidéoprojeté sur l'écran, et nous avons eu droit à un diaporama alternant des images et des phrases: schéma de communication - écoute active - technique de questionnement - feed back - reformulation - attitude mentale positive - positions de vie. Là dessus elle a demandé s'il y avait des questions. Il n'y en eu pas.
Puis elle a relancé l'ordinateur, et là ce fut : connaître et pratiquer les techniques de persuasion - adapter son expression et son vocabulaire - adapter sa voix en fonction des étapes de la vente - savoir accepter l'objection et savoir la traiter - reconnaître les signaux d'achat - solliciter la commande - prise de congé. Il n'y avait toujours pas de questions.
Je ne comprenais plus très bien. « C'était pas un sondage? c'est quoi cette merde », j'ai pensé. Elle a fini par nous expliquer que nous allions mener plusieurs télé-opérations conjointement: sondage, prise de rendez-vous, satisfaction client, commande sur catalogue et fiabilisation. L'action principale demeurait le sondage TPP, et éventuellement, selon nos compétences, nous aurions la possibilité de basculer sur les autres opérations.
Puis les représentants encravatés de la firme TPP ont succédé à la chef de centre. L'un d'eux paraissait très prévenant, l'autre ne disait rien, et servait au premier d'assistant. Après un court préambule, ils ont aussi lancé un Power Point. Ce coup-ci il était vraiment question du sondage TPP.
TPP était une société qui vendait de la peinture de carrosserie pour voitures, et l'opération consistait à contacter la clientèle - environ 10 000 garages dans toute la France -, pour mettre à jour leur fichier clientèle; s'ensuivrait naturellement une opération commerciale. Nous devions sonder les garagistes sur le matériel qu'ils possédaient, la dimension de leur activité et de leur société.
Après le Power Point, ils nous ont passé de la documentation technique sur les peintures, les mélangeurs et d'autres trucs. Le représentant a ensuite pris la parole.
- Bon, alors maintenant, c'est très important, il faut avoir bien compris ce que vous allez demander à ces garagistes, qui sont nos clients, et qui méritent tous les égards. Y'a t-il des questions ... non ? Tout doit être bien clair ... si vous avez des points noirs, allez-y, il n'y a aucune question stupide ...
Là-dessus tout le monde s'est lâché. Mais rapidemment les représentants ont été incapables de répondre à certaines questions techniques. Comme il y avait des bricoleurs parmi nous, certaines questions ont trouvé une réponse, et pour le reste, on allait forcément se débrouiller, nous étions tout de même des professionnels de la téléaction, que diantre !
Après ça on a eu droit à une petite pause bien méritée, on s'était tout de même enfilé environ trois heures de Power Point, d'imbécilité communicationnelle et de trucs techniques à peu près imbitables.
*
*
« Bonjour je suis Dominique Lepage de la société TPP, je cherche à joindre le dirigeant de l’entreprise. Je vous rappelle suite au questionnaire que TPP vous a fait parvenir afin d’obtenir des renseignements sur votre activité de carrosserie-peinture. Si vous avez quelques minutes à m’accorder, je vous propose de remplir ce questionnaire directement par téléphone avec moi. » C’était de cette manière que je démarrais tous mes appels téléphoniques. Magali, une superviseuse technoïde à dreadlocks, nous avait briefé sur le B.A.BA de la téléphonie: Directivité, Réactivité, Amabilité; bref que des mots en té, fastoche. Il fallait impérativement utiliser le présent ainsi qu’une terminologie positive, il fallait éviter les mots noirs comme “problème” ou tout simplement “non”, il fallait être dynamique, et surtout, il fallait sourire au téléphone.
Nous étions installés dans une pièce d’environ 150 mètres carrés , parqués dans des fleurs, des installations circulaires découpées en six tranches, munies chacune d’un ordinateur et d’un poste téléphonique. Le logiciel Performer II nous faisait défiler le questionnaire que nous devions soumettre à nos interlocuteurs. Il nous fallait respecter à la lettre la phraséologie creuse du questionnaire, en nous faisant passer pour des employés de TPP. Un casque-micro sur les oreilles, les quarante Dominique-Lepage, tous sexes confondus, déroulaient en canon leur litanie, et complétaient leur questionnaire sur l’ordinateur. A la fin nous disions: “Ce questionnaire est maintenant terminé. Je vous remercie pour votre accueil et votre disponibilité, et vous souhaite une excellente journée de la part de TPP. Au revoir monsieur”. Et crac on enchainait sur une nouvelle fiche. Il y avait 10 000 fiches.
Pendant que les téléacteurs déblatéraient en souriant, les superviseurs circulaient parmi nous et écoutaient nos discours. Puis ils nous prenaient à part pour faire un topo sur la qualité du discours. C’était un peu toujours la même chose, il fallait se rapprocher d’une sorte de modèle synthétique, l’idéal aurait été d’être une sorte de machine souriante et dynamique.
Puis les objectifs sont apparus. L'objectif était de décrocher 3 accords par heure. Les accords étaient simplement l'agrément du garagiste pour répondre au questionnaire, qui durait environ 15 minutes. Plus de la moitié nous envoyait simplement bouler, et parmi ceux qui donnait leur accord, rien ne garantissait qu'ils ne nous lâchent pas en cours de route.
C'était tout de même un job assez difficile, fastidieux, et j'avais la désagréable sensation de faire quelque chose de parfaitement inutile. Du coup je me suis mis a envier mes collègues de la fleur d'à côté, qui eux, avait le privilège de travailler sur l'opéra de fidélisation Nivéa, au moins eux ils avaient une vrai raison de sourire.
- Bonjour madame, disaient-il d'une voix généreuse et altruiste, je suis Dominique Lepage de la société Nivéa. J'ai le plaisir de vous offrir quatre places pour le concert de Mötörhead, qui aura lieu le 4 novembre au Zénith. Nous vous offrons ces quatres places pour que vous puissiez aller à ce concert en famille, avec votre mari et vos deux enfants ...
Là, évidemment la dame était aux anges et ils n'avaient plus qu'à balancer la prise de congé.
– Je vous en prie madame, la société Nivéa et moi-même vous souhaitons une excellente journée et un agréable concert.
*
*
Lorsque j’ai démarré l’opération TPP, je pensais naïvement qu’il s’agissait d’un boulot de contact, et j’étais assez content de pouvoir dialoguer avec des gens de toutes les régions de France. Après la première journée de phoning, Magali m’a présenté une feuille statistique sur laquelle mon nom était surligné en vert, signe que je passais trop de temps avec mes interlocuteurs. Elle me disait d’être nettement plus directif, et que je n’étais pas employé pour discuter, mais pour soutirer des informations à mes interlocuteurs.
Le lendemain j’étais remonté à bloc. J’avais vraiment besoin de ce job et j’ai donc tenu compte de cette remarque, même si dans le fond, je trouvais cela assez monstrueux. Mon voisin de fleur, Rachid, obtenait d’excellents résultats, il était très directif et pas du tout souriant. J’ai commencé à m’inspirer de sa technique, et j’ai compris que les sondés étaient effectivement plus sensibles à la directivité qu’à l’amabilité. J’ai rapidemment obtenu de bien meilleurs résultats lorsque je ne tenais plus aucun compte des états d’âmes de mes interlocuteurs, et que je les maintenaient perpétuellement sous la pression des questions. Du coup, ils étaient comme soumis, et répondaient sans rechigner au questionnaire. De temps en temps, je sentais bien qu’ils ne comprenaient rien à ce que je leur demandais, mais je n’avais pas le temps de m’intéresser à leur cas, et quand ça patinait, je remplissais certaines questions à leur place, selon l’inspiration.
La première semaine, la moyenne générale était très mauvaise: 4 accords de l’heure. « C'est innaceptable !» hurlait Magali. J'ai commencé à me sentir assez mal, Magali nous annonça qu’il allait falloir au moins atteindre les 5 accords de l’heure dans la journée, puisque le lendemain, c’était même à 6 accords de l’heure qu’il nous fallait tourner. C’était atroce, j’étais pris au piège, j’avais signé le contrat qui me liait trois semaines à ce camp de travail, pour emmerder des garagistes en essayant d’obtenir des renseignements sur leur activité de carrosserie-peinture.
*
*
La deuxième semaine s'est déployée laborieusement, c'était définitivement un boulot chiant. Nous avions 10 minutes de pause par demi-journée, et une bonne partie du groupe se retrouvait sur une petite terrasse de gravillons pour fumer une clope. 10 minutes de pause pour 4 heures de travail, ça me semblait un peu court.
- Dis-voir, on devrait pas avoir 10 minutes de pause par heure plutôt, j'ai demandé à Sonia, une fille avec qui j'avais sympathisé - tu crois que c'est légal c'qui font ?
- J'en sais franchement rien, elle m'a répondu sans avoir l'air de s'inquiéter outre-mesure
Un peu plus loin, un petit groupe de téléacteurs avec des vestes Gucci ou Versace, évoquait des opérations de téléphone pour Adidas et Nutella en se marrant.
Mais bizarrement plus le temps passait, plus je me sentais gonflé; je crois que j'avais finalement bien saisi l'enjeu pour Dominique Lepage. Le truc c'était que je n'avais strictement plus rien à foutre de mes interlocuteurs, il fallait juste les faire cracher au bassinet. Ils avaient des informations et ils devaient me les donner. Et ceux qu'étaient un peu retors avait juste droit à davantage de sourire.
- Le mélangeur, il est plutôt à micro-fiches? ou alors c'est des disquettes? ou encore des CD ? je demandais en souriant sèchement.
Et le type répondait tout en travaillant avec une grosse machine bruyante.
- Ah je sais pas là, faudrait voir derrière la cabine de peinture ...
- Oui c'est ça, allez-y!
- Attendez, je suis en train de souder un pot là ...
Et là il fallait que je résiste à la tentation de lui dire: « écoute gros connard, tu vas poser ton putain de poste à souder et aller jeter un coup d'oeil sur ce mélangeur de merde immédiatement». Et je lui disais, souriant péniblement :
- Écoutez monsieur, ce ne sera pas très long et c'est vraiment dans votre intérêt.
*
*
Le jour suivant j'ai dû quitter ma fleur pour aller travailler dans une petite salle, avec une dizaine de Dominique-Lepage. Magali m'avait lâché, et c'était John qui s'occupait personnellement de moi. John était une sorte de petite frappe téléréelle qui devait avoir environ 150 mots à son vocabulaire, évidemment il possédait à fond les 26 mots de la Téléphonie.
La salle en question était une véritable salle de torture. Elle était réservée aux téléacteurs défaillants, et John, le super-Dominique-Lepage, était chargé de les redresser. Par ailleurs, nous étions beaucoup trop nombreux dedans, et il fallait littéralement gueuler pour s'entendre parler. Et le sourire en gueulant, c'est pas aussi facile que ça.
Au delà de ses airs de petite brute téléphoniquée, John était surtout un parfait abruti, et il m'exaspérait. Donc j'ai décidé de le faire chier. A chaque débriefing, je me débrouillais pour introduire des mots pleins de syllabes. Puis je me suis mis à en inventer; pour ne pas perdre la face, il feignait de comprendre, et je l'embarquais alors dans des échanges qui n'avaient ni queue ni tête. C'était drôle. De tant à autre il me regardait, soupçonneux. Je lui faisais alors un putain de sourire en pensant très fort à Steevy du Loft, et il était blousé. Rapidemment, il a commencé à me lâcher la grappe.
À côté de moi, il y avait des filles qui prenaient des commandes pour La Redoute avec des sourires redoutablement putassiers. Des grandes professionnelles.
Quelques jours plus tard, j'ai réintégré la grande salle, et j'ai retrouvé un climat plus reposant. J'étais installé à côté de quelques Dominique-Lepage qui essayaient de fourguer des rendez-vous professionnels pour des commerciaux de France Télécom. Alors ça s'était vraiment pour les super-champions, leur objectif était fixé à deux accords de l'heure, et c'était déjà très dur d'y parvenir.
Nous abordions la troisième semaine et l'opération TPP touchait à sa fin. Il fallait maintenant être parmi les meilleurs pour enchaîner sur une autre opération. Évidemment c'était aussi le moment ou les fiches de merde revenaient. Les fiches de merde c'était les mauvais clients, ceux qui ne voulaient vraiment pas répondre. On s'en foutait complètement, deux minutes après avoir pris congé avec un garagiste, un autre Dominique-Lepage le rappelait avec le sourire. Le logiciel Performer II nous distribuait les fiches jusqu'à épuisement du stock, sans états d'âme. Les garagistes devenaient cinglés, ils nous raccrochait au nez en jurant de ne plus jamais s'approvisionner chez TPP. Tu parles d'une fiabilisation.
Au milieu de la semaine le serveur téléphonique tomba en panne. Et les quarante Dominique-Lepage se sont mis à traînasser en bavassant, et à s'envoyer des SMS, pendant que chez les kapos, c'était le branle-bas de combat. Ils étaient en train de perdre de l'argent, beaucoup d'argent, et commençaient à virer hystériques. Seule la chef de centre demeurait calme, elle semblait avoir déjà choisi la victime sacrificielle qui allait payer pour ce soucis. Puis l'informaticien est venu constater qu'il y avait effectivement un soucis et que Paris devait réagir. Au bout de vingt minutes, John nous a dit de rentrer chez nous.
*
*
Le lendemain, lorsque je suis retourné sur le site, j'ai appris que ma mission était terminée. « Mais c'est quoi ce bordel, personne ne m'a prévenu?! » j'ai gueulé. Farida m'a dit de me calmer et de régler le problème avec ma boîte d'interim.
Chez Manpower, Dahlia m'a expliqué que le contrat que j'avais signé, leur permettait d'allonger ou d'écourter la période de travail de quelques jours. « Ok, mais il fallait au moins me prévenir alors ! » je me suis insurgé. Dahlia a reconnu que tout ça n'était effectivement pas très correct, puis elle m'a demandé si je pouvais embrayer le lendemain sur des sondages pour Cuisinella.
Michel Meyer - août 2007
08:25 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Envoyer cette note
05.08.2007
Je t'aime bien Éric
- Et alors, tu vois, il se tenait là devant moi , comme une espèce de ... de j'sais pas quoi ... enfin un truc complètement inerte, et puis je lui ai dit: « bon tu sais je t'aime bien Eric, mais ça n'est pas possible ... tu n'es pas du tout mon genre » enfin le mec, hallucinant, j'te dit ... je le connaissais même pas ! hallucinant, j'me souviens, j'lui ai dit : « bon Eric, je vais te dire un truc ... enfin t'as quel âge 50, 55 ? bon 45, c'est pareil, c'est pas le problème ... mais enfin regarde toi, excuse-moi, je vais être dure là, mais faut absolument que t'arrêtes la fumette ou j'sais pas ce que tu gobes mais ... enfin, t'es comme une sorte d'adolescent attardé, tu vois ? Moi, tu vois j'suis jeune, enfin par rapport à toi ... ça me fait bizarre de te donner des conseils, je me sens un peu con ... mais je t'assure que tu ressembles à rien .. excuse-moi, fallait vraiment que je te le dise ». J'ai du lui dire un truc comme ça, et il est resté devant moi sans réagir ... j'sais même pas s'il comprenait ce que je disais, et il avait toujours ce sourire de benêt ... et quand je suis partie, il a commencé à me suivre et ... enfin, je lui ai dit d'arrêter et de s'en aller ailleurs ... y disait rien, il avait l'air complètement largué ... mais il continuait à me suivre ... j'ai été obligée de prendre un taxi pour m'en défaire ... enfin, tu vois quoi, le gars vraiment lourd, vraiment collant .... non mais attends, attends la meilleure ... deux jours après, tu sais pas quoi ? Je sors de chez moi, il était devant mon immeuble, il m'attendait exactement dans le même état ... totalement largué ... alors là, j'ai pété un plomb et j'ai commencé à l'engueuler ... au départ un petit peu, puis plus ... après c'était carrément hystérique ... j'crois même que j'l'ai poussé ... le pire c'est qu'il disait toujours rien, mais rien de rien ... il me regardait juste avec son air de demeuré ... et ça m'énervait, je me souviens, j'lui ai dis: « mais arrête de me regarder comme un débile et dis quelque chose bordel ! DIS QUELQUE CHOSE ! » ... et lui ... lui ... il faisait que me regarder et sourire ... et ... et ... et alors ... attends, excuse-moi, ça va passer ... c'est juste qu'il m'énerve tellement ... t'as pas un mouchoir, non ? Attends, excuse-moi, il faut que je me reprenne ... je vais me reprendre ... oh, mon dieu, c'est l'horreur ... faut que j'te dise ... ce con ... oh, mon dieu ... mais pou ... excuse-moi ... j'comprends plus ... attends ... oh, j'comprends plus rien ... merde ... non, attends ... attends, je vais me calmer ... je ... attends ... attends ... ça va ... ça va ... oui, ça va mieux ... reste s'il te plaît ... reste ... je t'en prie ... reste ... s'il te plait ... ça va mieux ... oui, ça va mieux ... oui, j'me calme, t'inquiète pas ... non, c'est normal ... ouioui ... oh, non ... merci ... ok ... ok ... d'accord, ok ... attends ... juste deux secondes ... attends ................ deux secondes .................................... ah,oui ....................................................................................................................................... oui ..................................oh, ça fait du bien ........................................................................................ ouf ...................................... excuse-moi, merci ... oh, dis-donc, faut que je fasse gaffe ... oui, je sais ... non ... mais tu vas voir, c'est hallucinant ... donc, Eric ... Eric ... ah, non c'est pas vrai ... ah, non ... attends ... s'il te plait, attends ............................. t'inquiéte pas, ça va passer, s'il te plait Isa, s'il te plait ....................................................................................voilà, en fait je comprends pas ... Eric ... avec son sourire débile ... son sourire ... ah, non ... merde ... Eric ... j'savais plus quoi faire ... je l'ai laissé, je suis partie ... mais il me suivait toujours ... juste derrière moi .... toujours sans rien dire ... je me suis dit bon, s'il est encore là dans un quart d'heure je vais voir un flic, enfin c'est pas possible ça, y'a quand même des limites .... et alors j'ai marché ... enfin on a marché, mais séparément ... l'un derrière l'autre, genre à un mètre ... je sais pas combien de temps, une heure ou deux ....................................... et puis après bizarrement je me suis calmée, et puis je l'ai presque oublié ........................ enfin, il ne me gênait plus ..... malgré son sourire niais ........ malgré son silence ....... malgré sa touche de débile ........... enfin malgré tout .................................. et donc hier, on s'est mariés ................................................................. mais je ne sais pas pourquoi .......................tu reprends quelque chose ?
11:15 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Envoyer cette note
04.08.2007
Flying Superkid from Denmark
16:33 Publié dans images | Lien permanent | Envoyer cette note
03.08.2007
Musica
Porter, monter, empiler, scotcher, accrocher, préparer le café, balayer, dépoussiérer, dévisser, ranger, dérouler, démonter, dépiler, pisser, discuter, rigoler, souffler, lutter contre la matière.
Régisseur pour Musica, c’est un emploi fatiguant
En sept jours je me suis musclé pour l’année
C’était sur un cour de tennis intérieur
Avec de la moquette verte au sol
Nous étions une équipe soudée, notamment par la beuh. Il y avait Nico, le tatoué lorrain, un gros bavard qui se roulait des buzz de locale toutes les heures, et travaillait à vingt mètres de hauteur, totalement déchiré. Il y avait Charles le blédard, un vieil intermittent syndiqué et particulièrement tire-au-flanc, Léa la jeune électricienne sexy et Régis, un type laconique genre adjuvant. J’oubliais Loïc, le fou chantant de Toulouse, qui le deuxième jour est revenu avec deux tendinites, dont l’une le faisait boîter et l’autre lui interdisait l’usage du bras droit. À la fin de cette journée, une troisième tendinite localisée sur le poignet gauche lui tombait dramatiquement dessus.
Et puis il y avait l’équipe des Allo Jobs, 5 magréhbins sous-payés, employés à tout faire, sans rechigner.
Cinq intermittents du spectacle, cinq intérimaires, deux salaires différents pour le même boulot;
le monde est injuste, mais on n’est pas là pour refaire le monde.
On est là pour préparer une unique représentation de l’Ange de l’Histoire.
Le public était placé en vis à vis sur la moquette
Deux orchestres les encadraient, à gauche et à droite
Les deux orchestres philarmoniques exécutaient une pièce tragique de Vinko Globokar: l’Ange de l’Histoire inspirée par une thèse sur l’histoire de Walter Benjamin
Un mur grillagé s’élevait entre les deux portions de public
10:00 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Envoyer cette note
La prose du 118 712

Vissés sur leur chaise, immobiles
Mes collègues ruminent leurs mobiles
La tête dans l’écran
Ils annonnent distraitement
Des coordonnées spatiales et numériques
Ponctuées de phrases mécaniques
Rue de Pont-à-Mousson ?
Je vous met en relation !
C’est à Mantes-la-Jolie ?
Un instant je vous prie !
Le centre des impôts ?
Ou alors Norauto ?
Madame Evelyne Lerch ?
J’effectue la recherche !
A Paris, vous recherchez le Figaro ?
Et sur Créteil, la cellule FO !
Carcassonne dans le Onze,
Elle veut l’institut Marie Ongle !
La poste de Bezons ?
Ou plutôt sa prison ?
La communication est mauvaise,
C’est près du Père-Lachaise ?
Compagnie de Taxi ?
Neuf -Trois Bobigny ?
L’hôpital Belle-Isle ?
Oui, c‘est dans quelle ville ?
Une office de tourisme,
Ou quelque chose en isme
Supermarché Champion,
Sur la route de Briançon
Dans les Yvelines, la mairie de Maurepas ?
Madame, monsieur, je ne vous entend pas !
La société Locarest ?
Je vous l’envoie en SMS !
Tribal Act et Dans Ma Peau ?
Dans la rue Amelot !
La compagnie Fragile ?
Quelque part sur une ile ...
Le chemin du Père Éternel
Rime avec Locappel
09:45 Publié dans sentences morales et phrases définitives | Lien permanent | Envoyer cette note
02.08.2007
Par dessus tout
Le ciel saturé d’informations
S’assombrit sur la terre sans âge
La journée avide de passion
Passe sans le moindre orage
Nous sommes des gens sympathiques
Et les autres sont supportables
Dans cet arrière-plan pacifique
C’est une journée formidable
En me promenant en moi-même
Dans l’espace multiplié
Je songe à celle que j’aime
Par-dessus moi, par dessus tout
14:30 Publié dans sentences morales et phrases définitives | Lien permanent | Envoyer cette note
Dugenou meets Houellebecq

Le 14 mars 2002, Michel Houellebecq donnait une lecture de son roman Plateforme, au ZKM - Zentrum für Kunst und Medientechnologie - de Karlsruhe en Allemagne. Le 21 avril 2002, un fascisme larvé menaçait de s’emparer démocratiquement de la conscience nationale française.
Loin de vouloir établir une relation de causalité lourde de conséquence pour l’écrivain Michel Houellebecq, déjà suffisemment compromis par ses propres agissements, ce récit est simplement le témoignage d’un événement qui a eu lieu à un moment qui comprenait sans doute les ferments d’une réalité autrement plus dramatique.
Il y a des moments où les évènements les plus disparates semblent entrer en concordance, dans une sorte de synchronie, et il est alors possible de présenter la réalité comme un ensemble cohérent, avec un début et une fin, une histoire.
Par ailleurs, l’histoire commence au moment où je me suis plongé dans Plateforme, où je fus comme envoûté par la singulière beauté qui irradiait ce roman.
DmH.pdf
13:05 Publié dans Dugenou meets Houellebecq - the film | Lien permanent | Envoyer cette note
01.08.2007
De la vaisselle et de ses vertus
Dans les travaux ménagers, ce que je préfère c'est la vaisselle. C'est ma grande spécialité à la maison. Souvent lorsque j'ai besoin de réfléchir, je ressens le besoin de faire la vaisselle. De temps en temps, je mets aussi la radio, exlusivement France Culture, et j'écoute des gens réfléchir à ma place. Ce matin, pendant que j'astiquais les assiettes, j'ai écouté un dossier sur Marguerite Yourcenar. C'est un écrivain qui ne m'a franchement jamais attiré, je ne l'ai jamais lue et ne la lirais probablement jamais, d'ailleurs je ne sais même pas pourquoi j'en parle ...
Parce tu vois, au départ, c'est la vaisselle mon truc. Quand je mets mes gants MAPA, les rouges, ceux qui sont épais, chers, et qu'on trouve à la COOP (cette bande de connards, j'y reviendrai), déjà c'est toute une ambiance. Chez moi c'est un rite sacré, quand j'ai mis mes gants rouges MAPA, faut plus me faire chier avec des choses triviales genre "Sarkozy est-il un gros vilain" ou encore "quel avenir pour le Lichtenburg ?".
Tout disparait lorsque j'ai mis mes gants. Reste moi, l'évier et la vaisselle souillée. Mon évier a un bac; c'est clairement pas ce qu'il y a de plus pratique, mais c'est la réalité et je suis obligé d'en tenir compte. C'est un modèle en inox assez standard, et donc je commence par le nettoyer à fond, je le récure avec un grattoir pour en dégager la saloperie incrustée. Puis je bouche la bonde et je fais couler l'eau. Pendant que l'évier se remplit, je récite deux ou trois mantras et je verse sur mon éponge du produit vaisselle à l'extrait de sulfate de Botox. Bien évidemment j'utilise un produit vaisselle au PH neutre, pour protéger mes mains au cas où il y aurait un trou dans mes gants.
L'évier se remplit généralement en 41 secondes et 3 dixièmes. Je ferme le robinet. C'est le silence. Je respire profondément et c'est parti.
Je commence toujours par les assiettes, puis les couverts. Ensuite je vide l'évier pour procéder au rinçage et j'enchaîne avec les verres, tasses et bols, plats de toutes sortes, et je termine avec les casseroles, les poêles, enfin les gros machins quoi.
Pendant que je fais la vaisselle - et c'est tout l'intérêt de la manoeuvre -, se produit une substitution. Bientôt ce ne sont plus des assiettes ni des verres que je lave mais mon cerveau. Je nettoie toutes les scissures et les circonvolutions de mon cortex. C'est dingue la merde qui s'y accumule chaque jour.
Quand j'ai terminé, le monde m'apparaît plus clairement, mes pensées sont propres et je me sens bien.
10:35 Publié dans recyclage | Lien permanent | Envoyer cette note






