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01/08/2007

De la vaisselle et de ses vertus

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Dans les travaux ménagers, ce que je préfère c'est la vaisselle. C'est ma grande spécialité à la maison. Souvent lorsque j'ai besoin de réfléchir, je ressens le besoin de faire la vaisselle. De temps en temps, je mets aussi la radio, exlusivement France Culture, et j'écoute des gens réfléchir à ma place. Ce matin, pendant que j'astiquais les assiettes, j'ai écouté un dossier sur Marguerite Yourcenar. C'est un écrivain qui ne m'a franchement jamais attiré, je ne l'ai jamais lue et ne la lirais probablement jamais, d'ailleurs je ne sais même pas pourquoi j'en parle ...

Parce tu vois, au départ, c'est la vaisselle mon truc. Quand je mets mes gants MAPA, les rouges, ceux qui sont épais, chers, et qu'on trouve à la COOP (cette bande de connards, j'y reviendrai), déjà c'est toute une ambiance. Chez moi c'est un rite sacré, quand j'ai mis mes gants rouges MAPA, faut plus me faire chier avec des choses triviales genre "Sarkozy est-il un gros vilain" ou encore "quel avenir pour le Lichtenburg ?".

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Tout disparait lorsque j'ai mis mes gants. Reste moi, l'évier et la vaisselle souillée. Mon évier a un bac; c'est clairement pas ce qu'il y a de plus pratique, mais c'est la réalité et je suis obligé d'en tenir compte. C'est un modèle en inox assez standard, et donc je commence par le nettoyer à fond, je le récure avec un grattoir pour en dégager la saloperie incrustée. Puis je bouche la bonde et je fais couler l'eau. Pendant que l'évier se remplit, je récite deux ou trois mantras et je verse sur mon éponge du produit vaisselle à l'extrait de sulfate de Botox. Bien évidemment j'utilise un produit vaisselle au PH neutre, pour protéger mes mains au cas où il y aurait un trou dans mes gants.
L'évier se remplit généralement en 41 secondes et 3 dixièmes. Je ferme le robinet. C'est le silence. Je respire profondément et c'est parti.

Je commence toujours par les assiettes, puis les couverts. Ensuite je vide l'évier pour procéder au rinçage et j'enchaîne avec les verres, tasses et bols, plats de toutes sortes, et je termine avec les casseroles, les poêles, enfin les gros machins quoi.

Pendant que je fais la vaisselle - et c'est tout l'intérêt de la manoeuvre -, se produit une substitution. Bientôt ce ne sont plus des assiettes ni des verres que je lave mais mon cerveau. Je nettoie toutes les scissures et les circonvolutions de mon cortex. C'est dingue la merde qui s'y accumule chaque jour.

Quand j'ai terminé, le monde m'apparaît plus clairement, mes pensées sont propres et je me sens bien.

10:35 Publié dans blogging | Lien permanent

31/07/2007

La voûte

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« Il m’apparaît de plus en plus que les livres sont de mauvais professeurs de morale. Il nous disent bien ce qui est vrai, aussi ce qui est bon, mais cela n’imprègne pas l’âme. Il existe un maître excellent, si nous savons le comprendre, c’est la nature.
Je ne chercherais pas à te le prouver par un long bavardage, je préfère te le montrer par des exemples, toujours le moyen le plus efficace, surtout lorsqu’on a affaire à des femmes.
Je me promenais dans Würzburg, à la veille de ce jour qui fut le plus important de ma vie. Quand le soleil se coucha, ce fut comme si mon bonheur s’anéantissait. Je frissonnais en pensant qu’il allait peut-être me falloir prendre congé de tout, de tout ce qui m’est cher.
Songeur, replié sur moi-même, je franchis alors la porte voûtée qui ramène en ville. Pourquoi, me demandais-je, la voûte ne s’écroule-t-elle pas, alors qu’elle n’a rien pour la soutenir ? C’est, répondis-je, parce que toutes les pierres à la fois veulent tomber - et je retirais de cette pensée une consolation indiciblement réconfortante qui alla de pair, pour moi, jusqu’à l’instant décisif, avec l’espoir que moi aussi je me maintiendrais si tout venait à me laisser sombrer. »

Ce texte issu d’une lettre d’Heinrich von Kleist à sa fiancée Wilhelmine von Zenge, finalement délaissée, me hante depuis quelques années. Je l’ai lu dans un recueil de sa correspondance, à un moment où je luttais contre les forces mortifères qui me dirigeaient vers l’anéantissement, et me maintenaient dans l’inertie d’un objet dépourvu de vie. Et cette image architecturale de la voûte, que l’on retrouve dans nombre d’édifices religieux, est devenue pour moi la métaphore de l’inexorable effort humain à contrecarrer sa tendance mortifère. Autant d’éléments qui, se reposant l’un sur l’autre, luttent contre leur tendance naturelle à la chute, pour se maintenir et s’élever ensemble au dessus du néant, par le biais d’une forme abstraite, à laquelle chacun se plie selon ses possibilités.
Et cette forme abstraite est elle-même la résultante de l’effort humain, à adapter sa condition à l’environnement en perpétuelle mutation qui façonne son être.

14:01 Publié dans blogging | Lien permanent

29/07/2007

abstraction rouillée

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01:00 Publié dans blogging | Lien permanent