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21/05/2013

la fête des mots

la fête oui pareil pour moi
le mot même me fait blêmir
sueurs froides et viande chaude
célébrant je ne sais quel non-évènement
la fête comme garantie de se faire bien chier
mais alors bien bien bien bien bien
l'afête, oui là soudain on comprend mieux
une bulle de glue dans laquelle on se désespère
invoquer le mot et convoquer son antithèse
parce que si je dis dormir, je suis encore bien éveillé
et arrêtez de faire mine de vous marrer
ou alors faites des stages
Vos grimaces et simagrées sont tristes à pleurer
la fête, encore un mot à jeter
gaffe quand même il n'y en a plus tant que ça
il faudrait créer un parc naturel pour préserver les mots
les regarder de loin à la jumelle
voir comment ils se comportent quand on ne les emploie pas
les employer, oui c'est ça le problème, on emploie trop les mots
ces pauvres trucs sont complètement rincés
moi, président j'interdirai de dire les mots
du moins je règlementerai sacrément leur usage
dix mots par personne et par jour
sinon au gnouf
on déconne pas avec les mots
je suis désolé mais il faut comprendre la gravité de la situation
les mots sont en danger
ce que nous employons à longueur de temps ne sont plus des mots
je ne sais pas vraiment ce que c'est
ça ressemble extérieurement à des mots mais à l'intérieur il n'y a plus rien
nous disons n'importe quoi il faut le savoir
il faut le savoir

02/05/2013

sacrée soirée

J'étais à une soirée hier et une chose très pénible s'est produite, les mots se sont mis à déserter mon esprit. Je me suis trouvé dans l'incapacité de formuler la moindre phrase, c'était affreusement gênant. J'ai essayé, à plusieurs reprises et avec plusieurs interlocuteurs, de développer une conversation, mais me suis retrouvé à chaque fois devant une sorte de vortex sémantique qui absorbait insidieusement mes propos. D'abord quelques mots, puis des pans entiers de phrases, bientôt c'était toute ma conversation qui se dissolvait dans ce néant. Les convives continuaient à essayer d'échanger avec moi, je balbutiais des propos décousus, avec forces grimaces pour essayer de compenser. Après quelques tentatives infructueuses, j'ai compris que je n'arriverai pas à échanger avec les invités et je me suis tu. Les gens m'ont oublié et je suis devenu une sorte de complément de mobilier. La soirée est arrivée à son terme, tout le monde est parti et je suis resté seul, avec les bouteilles vides et les cendriers pleins. Et là, j'ai soudain été submergé par une cataracte sémantique. Ça sortait de partout, de la bouche, des yeux, des oreilles, du cul, des flots et des flots de mots qui s'organisaient en phrases, certaines pas mal du tout. Il y a avait des histoires, des discours, des blagues. Et ça ricochait contre les murs, ça illuminait l'espace par zones successives, ça gagnait en volume, ça devenait délirant. Puis les propos se sont densifiés jusqu'à se matérialiser et il a fallu que je me déplace pour ne pas me faire écraser par cette montagne de parlotte. À un moment donné, je me suis retrouvé coincé entre un mur et une allocution étonnante sur les moeurs du scolopendre. C'était une étude passionnante, j'étais très en forme et de fait de plus en plus compressé contre le mur. J'aurai sans doute dû à un moment donné me retirer, mais j'étais littéralement sous le charme de ma propre rhétorique, et lorsque qu'une phrase un peu plus audacieuse a commencé à défoncer mon thorax, j'ai estimé que c'était, après tout, une fin envisageable, honorable, et je suis mort content de moi, en pleine forme.