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08/12/2012

La Chasse de Thomas Vinterberg


 

 

La Chasse de Thomas Vinterberg, un film mettant en scène une petite bourgade populaire danoise, exposant sa perversité ordinaire et sa propension à désigner un bouc-émissaire. La nouveauté, ici, sera le point de départ de cette opération de lynchage en la frustration enfantine d'un amour interdit. Une adorable tête blonde créera de toutes pièces un abus sexuel, à partir de quelques images porno subrepticement entrevues sur la tablette informatique de son frère adolescent. Deux ou trois bouts de phrase évocateurs, lâchés par inadvertance devant la directrice du jardin d'enfant employant le monstre, des mensonges lâchés par faculté d'imagination, pour voir ce que ça donne, éventuellement pour se venger de l'impossibilité de cet amour, que lui aura expressément signifié l'intéressé. Et crac, c'est parti. "La vérité sort de la bouche des enfants", tout le monde va y croire, tout le monde a trop envie d'y croire. Ce fils de pute providentiel va pouvoir fédérer tout ce petit monde vertueux. Quel soulagement, qu'elle est merveilleuse cette chimie permettant de sanctifier tous ces honnêtes gens en en sacrifiant un autre tombé en disgrâce. Les autres enfants du jardin se découvrent soudain également les victimes d'attouchements de ce porc monstrueux. Et lorsque la première petite victime, tout de même affectée par cette succession dramatique d'événements, voudra se dédire, avouer qu'elle a dit "des bêtises", plus personne ne voudra la croire. Tout le monde connaît parfaitement le principe du refoulement freudien des traumatismes vécus, cette honte à cacher, rien de plus normal. De surcroît, ils ont vraiment besoin de ce monstre. Qui n'a pas besoin d'un monstre ? Tant que le monstre n'est pas identifié, sa charge méphitique pèse potentiellement sur tout le monde. Le bouc-émissaire, un quarantenaire aux prises avec son ex pour la garde de son fils, subira les outrages de tout le village. Il s'en défendra à peine, la polarisation morale de la communauté est trop énorme, trop profonde; les gens ont trop besoin d'un enculé dans son genre. Le spectateur est amené à suivre dans le détail le modus operandi de ce rite sacrificiel. Notez bien le reniflement nerveux de la soi-disante victime, syndrome de Pinnochio qui semble contaminer quelques autres propagateurs du mensonge.
Dans la lignée de Festen, son premier film, un chef d'oeuvre mettant en scène la révélation publique d'un inceste, les ficelles dramaturgiques de La Chasse sont cependant un peu plus grossières. Le film est beau, aéré, souvent silencieux, tendu. J'ai dévoilé une partie de l'enjeu dramatique, ok, mais c'est de toute façon toujours la même histoire.
Allez 14/20 parce que c'est Noël.

 

16:28 Publié dans blogging | Lien permanent | Commentaires (0)

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