26.01.2009
sataniques confessions

Dans son premier roman, Confessions de Satan, Marc Séfaris nous entraîne dans un néo-réalisme, inspiré du désenchantement houellebecquien. Il s'agit d'un roman initiatique qui dépeint une jeunesse teufeuse et larguée, empêtrée dans ses couches et ses joujoux plus ou moins dangereux. Du mythe baroque aux détails concrets, vous saurez tout sur le Mal, pendant qu'on vous baladera dans les méandres hasardeux de l'existence d'une jeune stagiaire en journalisme. Ainsi vous saurez tout sur les stupéfiantes soirées des djeunzs, vous saurez tout sur le furbish, la novlangue des djeunzs de moins de cinq ans, vous saurez enfin tout sur cette djeunze qui tente d'y voir un peu plus clair dans son existence, de faire de tri de ses amours contrariés. Le canevas dramaturgique est une intrication d'existences condamnées à servir le monstre démoniaque, presque malgré elles. Au delà de ces thèmes ressassés, qui font le succès du neoréactionnisme, il y a dans ce roman une interrogation sur la nature des liens familiaux, inextricablement mêlés aux desseins de l'adversité, qui rappelle Rois et Reines, d'Arnaud Desplechin, avec l'excellent Mathieu Amalric et la non moins grandiose Emmanuelle Devos.
Ni chef d'oeuvre, ni bouse, ce premier roman tente de délimiter les axes primordiaux, si tenté qu'il puisse encore y en avoir, de notre modernité. Un roman qui emprunte toutes les voies du genre, des plus intéressantes aux plus empruntées. L'intrigue peut paraître téléphonée, les personnages stéréotypés, mais l'ensemble invite à une reflexion sur la condition contemporaine; le style croustillant (gothique et jazzy) et les pénétrantes incises de l'auteur en font un livre très digeste et très agréable à lire.
Sur la quatrième de couverture, il y a une photo de l'auteur derrière des barreaux, façon détenu ou animal sauvage. Cette photo préfigure admirablement la condition des protagonistes mis en scène dans son histoire.
Nous attendons impatiemment le deuxième roman de Marc Sefaris, certain qu'il aura su reléguer aux oubliettes (mais pas au sous-sol) les petites faiblesses de ce premier roman, et étendre ainsi, le domaine de la qualité du prochain.
09:52 Publié dans recyclage | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : roman, marc sefaris

Commentaires
Eh bien! intraitable camarade! merci pour cette critique dense et sans concession!
Bon moi j'avais l'impression que j'avais parlé autant des viocs que des djeunzs, mais voilà quoi, une impression, et je ne suis plus le mieux placé pour en parler...
Ah! en ce qui concerne les téléphonages, les stéréotypages, les ressassages et les empruntages, gargl! oui j'avoue, et je promets: dans le prochain, oui chef! finies les p'tites faiblesses du p'tit primo!
Ecrit par : Marco | 26.01.2009
Oui effectivement, les viocs, puisque tu l'évoques, sont passés à la trappe dans mon billet critique malheureusement réducteur ... mais je te félicite pour l'ensemble, ton roman est truffé de petits passages qui restent en mémoire, et alimente l'ensemble de l'investigation.
Ecrit par : Michel M | 27.01.2009
Et moi qui attendait le deuxième Sefaris en croyant que c'était le premier !!! Il faut que je trouve ce bouquin...
Ecrit par : Thom | 05.03.2009
Tu peux le trouver sur le site de l'éditeur, Jacques André, c'est ce qu'il y a de plus simple. C'est un bon livre, je ne lui ai pas fait une publicité énorme avec mon billet, mais c'est surtout parce que je suis extrêmement frustré. Je serais très curieux de lire ta critique de ce livre.
@+
Ecrit par : Michel M | 05.03.2009
C'est bon, je l'ai trouvé sur le site de la fnac en fait.
Je te dirai ce que j'en pense (et si je ne dis rien... c'est que j'ai détesté et n'ai pas souhaité "plomber" un collègue, c'est comme ça que je marche).
Ecrit par : Thom | 05.03.2009
Hum... "si tant est" (j'étais si tenté)
Et comme dis tout le monde, vivement le prochain Sefaris. Mais je vais déjà lire le premier.
Ecrit par : Don Lo | 29.04.2009
"et comme DIT tout le monde" Pfff, ça m'apprendra à maliner, ça !
Ecrit par : Don Lo | 29.04.2009
Bienvenue sur mon blog, Don Lo, il est pratiquement mort cliniquement ... mais bon, tant qu'il y a de l'échange, je présume qu'il y a de l'espoir ...
Oui, il faut lire le premier Sefaris, malgré ses défauts, ou peut-être à cause d'eux ... c'est une expérience intéressante de découvrir comment un primo-romancier se positionne avant de cultiver une brèche stylistique ...
@+
Ecrit par : Michel M | 29.04.2009
J'avoue avec une grosse rougeur au front que je na l'ai toujours pas lu, bien que je "croise" ce cher marc très régulièrement. Mais bon, il est vrai que s'il parle abondemment des (sales) d'jeu'ns il ne pourra s'en étonner que partiellement. Quant au côté néo-réactionnaire de gauche, disons-le d'emblée, par rapport à moi c'est un gauchiste animé d'une indéfectible foi en l'être humain (bwârkh). Je m'attend à un brulôt maoïste.
Ecrit par : le koala | 15.10.2009
C'est très très mal Le Koala, il FAUT absolument lire le premier Marc Sefaris, c'est comment dirai-je, un passage OBLIGÉ dans la vie. Et puis il y a plein de vioques aussi dans ce roman, et peut-être même des quarantenaires, avec un peu de chance, si on cherche bien. En tant que néo-réac de gauche, de droite, ou à peu près centré, tu DOIS absolument soutenir Marc Sefaris dans sa démarche littéraire et blogosphérique. Le TOP serait de livrer ici le compte rendu de cette lecture, ce serait tout à fait utile pour le sieur Sefaris, et ça ferait un peu de mouvement dans ce blog.
Ecrit par : Michel M | 15.10.2009
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