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11/09/2007

L'autre Thomas Ruff

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J'ai rencontré ce type dans un supermarché, au rayon des féculents. Sa tête me disait vaguement quelque chose et je suis donc allé lui demander si on se connaissait. Malheureusement il ne parlait pas français, mais plutôt l'espagnol, enfin même le mexicain. Nous sommes alors allés voir le directeur de l'établissement qui était justement estampillé traducteur français-mexicain (comme quoi le hasard des fois), pour voir si on se connaissait. Et là j'ai su que je me trouvais en présence de Thomas Ruff, le célèbre photographe allemand. Non en fait c'était pas du tout Thomas Ruff, le célèbre photographe allemand, c'était un autre Thomas Ruff. Bref, c'est rapidemment devenu un gros merdier et il m'est immédiatement venu à l'esprit qu'il fallait que je fasse une interview de ce type, qui en cachait d'autres.

 


- Comment es-tu devenu Thomas Ruff ?

L’histoire est assez simple : par une belle nuit d’hiver étoilée, un jeune et robuste spermatozoïde s’est accroché aux parois abruptes d’une appareillage compliqué mais néanmoins reconnu efficace pour la perpétuation de la race humaine. Au péril de sa vie, le courageux organisme frétillant trouve son chemin dans le couloir sombre qui mène à l’énorme ovule. Jusqu’à présent, personne ne peut dire s’ils se parlèrent à ce moment unique et si le vaillant explorateur prononça la formule magique : « Veni, vedi, vici». Quoiqu’il en fut, la Reine de la nuit ouvra d’un coup la serrure de sa membrane avant d’accueillir le héros à bras ouvert autour d’un gros verre de Johnny Walker. Je leurs rends donc hommage aujourd’hui. Inch’Allah


- Pourquoi es-tu devenu Thomas Ruff ?

Je reconnais là ton légendaire sens du détail qui fait tellement défaut à notre époque. Il s’avère que l’administration de la nation qui m’abrite à l’intérieur de ses frontières exige que chacun de ses éléments porte un nom accompagné d’un prénom. Ceci expliquant cela. A côté de quoi, j’eus la lourde charge de perpétuer cette tradition au péril d’une créativité virulente qui n’appartient qu’aux rappeurs de M6 télévision. Or grâce à ta question pertinente, et je t’en remercie humblement, mon choix se dirige vers la solution de me changer en MC RUFF. Blague à part, j’ai toujours voulu être un peu plus qu’un simple numéro dans les statistiques économiques et c’est la raison pour laquelle j’écris et répond à cette entretien. En dehors de ça, peut-être qu’il existe un traumatisme dans mon esprit m’obligeant a représenter ce que je ressens ou absorbe dans mon environnement direct. Somme toute, il m’arrive d’être heureux et d’en avoir conscience. N’est-ce pas l’essentiel ?


- Tu es l'homonyme d'une floppée de Thomas Ruff - comme je le suis avec les Michel Meyer -, comment abordes-tu ce particularisme ? et que penses-tu de tous ces fils de pute ?

Pour remédier à ce problème, je te propose d’inventer un droit d’usage sur les noms de famille et de les faire raquer un max. Quant à mon homonyme photographe allemand, je me suis déjà demandé s’il me connaissait, et si oui, pourquoi il n’avait pas eu l’idée fantastique de me photographier. Je profite de la circonstance pour m’opposer à son idée que le portrait ne traduit pas l’intériorité du sujet. Il suffit d’étudier la photo journalistique pour s’en apercevoir. Un enfant qui pleure sous le bruit des bombes transmet au cliché son émotion, lequel ne déformera pas ce fait à moins de lui effacer les traits du visage avec un ordinateur ou un pinceau pendant le développement. Cela dit, je le trouve éloquent lorsqu’il creuse le concept global de la photographie dans la formation sociale de l’individu, ou encore dans son approche matérialiste de la photo numérique. La question de la distance avec la série de photos pornographiques recyclées est tout aussi intéressante bien qu’il ne faille pas lui donner des interprétations qu’il n’a pas. N’est-ce pas souvent le cas dans l’art contemporain ? on écrit des centaines de pages sur un artiste alors qu’au fond, lui n’aura fait que réaliser une idée spontanée, sans commentaire préconçu. C’est mon sentiment.

- Quel est ton rapport à la mort ?

Mon rapport à la mort ? Le même que la plupart des gens, je suppose. Enfant, je me souviens d’avoir imiter Steve Mac queen dans son dernier souffle. Le nom du film m’a échappé. Le héros tombe à terre dans un nuage de poussière avant de chuchoter qu’il a oublié de remettre un peu d’argent dans le parcmètre. Donc, il s’agit bien encore une fois d’un rendez-vous unique avec l’éternité. Blague à part, je suis impatient de me sentir glisser dans le néant confortable que promettent les religions, bien que je sois plutôt du côté de ceux qui pensent qu’au bout du tunnel, il n’y a que nos tristes frustrations de créature mortel. Dieu est le pire des inventeurs macabres. Un jour, en rentrant de mes courses, j’ai entendu le bruit du contact d’un homme avec le bitume; il venait juste de se jeter d’une tour d’un immeuble et moi et quelques passant n’étions qu’à quelques mètres. C’est le premier cadavre que je vis. Depuis, j’ai pu voir celui d’un membre de ma famille allongé dans son cercueil et franchement je crois qu’il sera le dernier. Paix à son âme.

- À l'amour ?

Je pense qu’il y a toujours eu un risque inévitable à aimer puisque le prix d’une relation sérieuse se paye par la peur, même infime, de la perdre. Quand cette peur n’existe pas, l’amour en jeu n’est qu’un simulacre de sentiment. Certains s’en contentent alors que pour ma part, j’aurai le plus souvent payé le plein tarif. En contrepartie, je ne regrette pas mon engagement sincère dans ce qui constitue un trésor personnel. Le plus triste pour notre génération aura aussi été la catastrophe du sida puisque la sexualité aura pris le visage de la mort lente. L’autre sera devenu une menace contre laquelle on doit se protéger, et l’acte de se reproduire ou de partager la jouissance, un acte de survie tout autant qu’un meurtre. Désolé de casser l’ambiance ! Bien qu’il soit peut-être surestimé dans sa capacité à nous faire vivre un bonheur stable, l’amour est un chapitre essentiel dans la vie de tout un chacun. Personnellement, à bientôt 38 ans, il m’arrive ainsi de penser que je devrais aller m’enterrer dans un monastère bouddhiste. Mais comment être certain que cela soit la bonne réponse ? Le désir aboutit à la frustration laquelle ne se résout qu’avec la satisfaction. Lorsque celle-ci n’existe plus, la société devient malade. Regarde la masse de pornographie que l’industrie injecte dans la cervelle des jeunes générations. Pour moi, c’est du lessivage. L’essor d’une certaine pornographie va de pair avec le déclin économique de notre société. Il en coûte moins cher de se masturber que d’inviter une femme dans un hôtel au bord de la plage, entouré d’amis. Sans compter que la pornographie crée des fantasmes que seuls les riches pourront réaliser. Mon discours est peut-être réactionnaire mais c’est tellement plus facile d’en faire l’apologie puisque finalement nous sommes tous et toutes conditionnés par la publicité et sa finalité : vendre en contrôlant notre désir. Chéri, tu montes ?

- Que penses-tu vraiment de moi ?

Si ta question est en rapport avec la précédente, sache que je ne suis pas homo. Sinon, je ne vois aucun avantage à s’appeler Michel Meyer ni à tenir un blog, excepté celui d’offrir au monde une vision originale, poétique et sincère. Et c’est bien là, ton intention et ta réussite. Mais si mes souvenirs sont exacts, il me semble t’avoir aidé à déménager. N’est-ce pas là une preuve d’amitié ?

- Si tu avais (eu) la possibilité de dézinguer quelqu'un, qui choisirais-tu (aurais-tu choisi) ?

Moi, sans aucun doute. Avec le meilleur des poisons. J’entends par là, celui qui mène à l’extase et la pure vérité. Un somnifère mortel et sans douleur. A ce sujet, je suis d’ailleurs prêt à retourner une dernière fois aux urnes pour soutenir le premier gouvernement qui le proposera en vente libre dans toutes les bonnes pharmacies. Que cela soit redit et amplifié.


- Le travail c'est une nécessité, une punition, une voie de salut ... c'est quoi pour toi le travail ?

En tant que générateur de culture, il me semble que Karl Marx ne renonçait pas au travail contrairement aux anarchistes. En ce qui me concerne, le débat autour de ce mot me semble opportun tant qu’il s’agit de dénoncer l’exploitation de la pauvreté au service d’une société déshumanisée. Après, il ne s’agit que d’un mot dont le définition varie suivant les individus. Sur le sujet, il existe un livre de Jeremy Rifkin sur la fin du travail. Je ne l’ai pas lu jusqu’au bout mais l’idée que les machines nous délivreront de nos peines me fascinent. Je crois cependant que nous en sommes encore très loin, et surtout, il faudra veiller à partager les richesses. Oui, je suis encore utopiste dans mes heures perdues. Or, selon moi, la limite entre lutte syndicale et démagogie est étroite. La valeur travail ou anti-travail n’est qu’un étendard stérile agité par des gens sans aucune once de créativité. A mes yeux, les clowns habillés en jaune fluo auront plus d’avenir dans l’arène politique que les idéologues bien à l’aise dans leur boulot de journaliste polémique payé par l’Education nationale ou la DRAC. Le syndicalisme n’a plus besoin de nouveaux cinéastes. Il suffit de regarder le cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein ou les Temps modernes de Charlie Chaplin. Le plus triste est que le système capitaliste se nourrit de sa critique pour mieux se consolider. 1984 de Georges Orwell explique cela très bien, mieux d’ailleurs que les situationnistes. Donc, la seule chose à laquelle je crois, c’est l’épanouissement collectif par l’introspection individuelle. Accompagnés d’un billet de 20 euros, les bons livres de psychologie devraient être distribués gratuitement dans les boîtes aux lettres.


- L'alimentation est-elle vraiment si importante ?

Ta question me fait penser que je n’ai rien avaler depuis ce matin…Des études ont été faites pour estimer la quantité d’argent nécessaire pour nourrir toute le planète. Le résultat démontre que cela aurait pu être fait depuis des lustres et que cela ne représente qu’une très faible somme à l’échelle de la macro-économie. Cette idée est plus que révoltante. Le climat général est à l’individualisme. Chaque Nation est barricadée derrière ses frontières en attendant que son voisin l’attaque et lui vole son pain. Où est l’intelligence là-dedans ? Autant rester au RMI…Plutôt que de participer à des luttes religieuses issus du Moyen-âge. Le seul gagnant, c’est le marchand d’armes. Et encore, une fois rentrer chez lui, comment voulez-vous qu’il puisse aimer sa femme, ses enfants et lui-même, avec un métier pareil. Heureusement, il prend des cachets pour dormir. Les mêmes que Paul W. Tibbets, le pilote du B-29 Enola Gay au-dessus d’Hiroshima.

- Comment perçois-tu le 21e siècle ?

De nature assez pessimiste je dirais qu’il sera une boucherie de plus où seuls les plus favorisés sortiront vainqueurs et le feront savoir. Sans compter la pollution de l’atmosphère et de nos organismes par les rejets carboniques. C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé d’exprimer dans mon premier roman,. L’histoire se répète jusqu’au jour où nous laisserons des intelligences supérieures décider à notre place, c’est à dire les robots sortis de notre imagination. Pourrons-nous en décider ? je ne suis pas prophète. Pour l’instant, je me contente de participer à l’évolution et d’acheter des cigarettes au coin de la rue. Eh, oui j’ai repris…


http://thomas.ruff.free.fr/

21:35 Publié dans blogging | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Artiste, écrivain, mon vrai nom est RUFF Thomas. Je suis le complément génétique, artistique et sémiologique de l'allemand, le vendeur de photomaton géant. Mais il faut bien admettre que je suis plus intéressant que lui. Normal, il est juste photographe.

Écrit par : TR67 | 21/06/2008

Cela va sans dire Thomas ... c'est comme tous ces michel meyer qui ternissent mon patronyme, je vais finir par les attaquer en justice ...

Écrit par : Michel M | 21/06/2008

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